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jeudi 28 octobre 2010

Аленький цветочек - La Fleur Ecarlate

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Dernier volet de ma série sur la Russie, voici aujourd'hui La fleur écarlate, (1952) film animé de Lev Atamanov, et version russe du conte La Belle et la Bête. Je le vis un noël des années 80, et lui ai depuis laissé mon coeur. Imaginez, les illustrations de Bilibine prenant vie devant vos yeux d'enfant émerveillés, et vous racontant une histoire merveilleuse....


J'ai juste eu la chance de naître en 82 et d'être une enfant lorsque les studios Gorki le restaurèrent en 1987.
D'une beauté éblouissante, il vous suffit de voir sur l'affiche ci-dessus comment est rendue la brillance des choses - la fameuse petite fleur à l'origine du conte par exemple - par mille stries d'or, pour comprendre que le voir c'est un peu comme ouvrir une boîte renfermant des instants magiques.
Ces cygnes qui tirent la Belle dans les airs, les reflets et ondulations de l'eau..., la lumière qui se joue sur les objets précieux, tout est d'une extraordinaire beauté et vous transporte en plein coeur du rêve. Et cela ne tient pas qu'aux décors d'ailleurs ; la mise en scène du conte lui-même  est grandiose.
Je me souviens de ce passage, lorsque Nastia, trompée par ses soeurs, et n'ayant pas vu le coucher du soleil, ouvre tout grand les volets sur un ciel tourmenté d'orage et s'écrit "o Soleil, arrête ta course !" (ce sont du moins les paroles de mon souvenir, car ce film n'existe autrement qu'en russe sur le net), avant de rejoindre la Bête, emportée par le vent à travers les flots déchaînés.
A ce propos, je crois que la plus grande passion de ma vie - je peux dire la plus grande car c'est celle qui m'a touchée le plus profondément, je la dois au personnage de la Bête dans cette adaptation... Cet être gauche et voûté, grande silhouette de poils gris, sans aucun autre attribut que ses grands yeux noirs tristes et, dans la version française, une voix grave et chaude, qui m'avait chamboulée (il est ce passage que j'adore, lorsque Nastia chante au bord de l'eau, où la Bête m'émeut toujours - pour accéder directement à cet extrait c'est ici). J'en ai été follement amoureuse, et le suis toujours. Lorsque vous pourrez voir le film, je pense que vous serez ravis aussi comme je l'ai été par la scène de l'assiette et de la pomme (je ne sais comment l'appeler), lorsque la voix de la Bête dit "Roule, roule, petite pomme, montre nous le pays où tombe la neige", et que fait écho le rire perlé de Nastia. Combien ai-je pu pleurer - et chaque fois depuis - quand elle se transforme en prince charmant !! Je n'ai jamais autant haï un prince.  Au cours de ce blog, comme vous le verrez, il sera souvent question de pleurs, de battements de coeur, d'émerveillement(s) aussi.  Je parle ici de toutes les choses qui ont marqué et  marquent ma vie. Il n'a d'autre vocation que de noter ce qui m'atteint, me ravit, me bouleverse, ou simplement croise ma route. Il est un terme anglais que j'aime énormément, et dont je dévie un peu le sens en l'employant ici. Ce sont les "butterflies in the stomach"(qui d'ailleurs rendent très bien la sensation initiale à laquelle ils renvoient). Ils battent souvent fort au plus profond de moi-même, sourdement. Mais en même temps, il en est pour moi de plus légers, qui battent au niveau du coeur ou de la tête, semblables au "baiser papillon". Le battement d'aile du bonheur qui dépose sa caresse au passage. Comme si cette "poudre d'or qui sablait tout du long le sentier de (ma) vie" avait été déposée par leurs ailes. C'est un peu cette sensation que je ressens quand je me laisse littéralement enchanter par cette oeuvre, et aussi ce battement râpeux et sourd, qui frotte fort le long des parois étroites de mon coeur, lorsque je  vois la Bête, et me souviens de la première fois. Impossible d'y résister. Je me suis toujours sentie un peu comme Nastia, qui l'appelle des doux noms de "mon bon maître" ou "mon ami" - mais jamais "la Bête". Ainsi de la scène au bord du lac, lorsque, encore craintive, et peinée de l'avoir blessé, elle lui tend les bras. "Montre toi mon bon maître".



Tout y est d'une grande subtilité, d'une grande délicatesse, et c'est ce qui fait la magie de cette oeuvre.
Combien - pardon pour les puristes de Disney - une interprétation de Disney est ridicule à côté. Au fond, Lev Atamanov ne s'y est pas trompé; qu'est la Bête en effet, dans le conte, si ce n'est qu'un symbole, qu'une projection? Lui donner des traits concrets, précis, est selon moi éloigné de son sens premier. Si cela vous intéresse, je vous conseille ainsi de lire la version originale du conte de La Belle et la Bête, celle de Madame de Villeneuve (celui que nous connaissons n'est en est en fait que la réécriture, pour enfants, par Madame Leprince de Beaumont) qui sut à mon sens réaliser une époustouflante version et offrir de la Bête une vision des plus intéressantes et des plus justes, utilisant avec grand à propos et ingéniosité tout ce qu'offrait le XVIII° - chambres noires et dispositifs catoptriques, projections, déformations et anamorphoses. La Bête se comprend ainsi chez cette femme de lettres comme n'étant que la projection de la peur de la Belle face à l'homme et sa "bestialité" - non point "-La Belle, voulez vous m'épouser ?", mais "-La Belle, voulez-vous coucher avec moi ?". Les Leprince de Beaumont et autres peuvent aller se rhabiller..! Grande amatrice de contes devant l'Eternel - c'est peut-être en effet le premier ouvrage que j'emporterais sur une île déserte, la Belle et la Bête m'avait toujours ennuyée (je parle ici du récit écrit), jusqu'à ce que, au cours de mon mémoire de maîtrise sur les contes de fées littéraires des XVII° et XVIII° siècles, je fasse la découverte de la version originale. Stupeur et délectation.
Mais je dévie ici de mon propos initial.
La saveur du film donc, vient aussi de sa richesse picturale, que vous pouvez voir à loisir dans les colonnes ci-contre, nous plongeant dans les scènes quotidiennes d'une ville russe ; je pense souvent en les voyant à celles du "seigneur Novgorod", au début d'Alexandre Nevski. Marins, charpentiers, marchands, tout regorge de couleurs, grouille d'activités.
Pour la beauté, il y a aussi cette ampleur des gestes russes (là aussi, je revois toujours les personnages de Nevski) qui accompagnent les propos des personnages.
Se côtoient enfin simplicité et richesses des motifs, arabesques orientalisantes, et naïveté de certains autres graphismes. (Il en est de même d'ailleurs pour l'art de Bilibine)


Même si vous ne comprenez pas un traître mot de russe, vous pouvez regarder le dessin animé sans hésitation. Certes vous ne jouirez pas du plaisir des mots et de la beauté majestueuse des échanges entre la Belle et la Bête (il est plus facile de les nommer ainsi). Mais les personnages, les mouvements, les scènes sont si expressifs, que vous n'aurez aucun mal à comprendre.
Il faut que je vous précise pour ne pas vous induire en erreur, que la Belle s'appelle en fait "Nastenka". "Nastia"était son nom dans la version française, doux nom qui se posait et s'attardait dans la bouche avant de glisser mélodieusement aux oreilles. J'entrais déjà en féerie lorsque je le faisais résonner.
Ce qui m'a fascinée aussi, enfant, était la version française du titre, "La petite fleur vermeille" baignant le conte et la fleur elle-même d'une aura de mystère encore plus grande. "vermeille" était un beau mot, au début inconnu et donc merveilleux, puis qui se plaisait à sonner à mon oreille. Et avec lui venait "petite", ... "petite fleur vermeille"... ; c'était comme si cette phrase eût été murmurée, secrète, et cachée, comme la petite fleur elle-même, qui dans l'animé émet d'ailleurs un petit tintement comme un battement de coeur, sourd - le bruit de son scintillement ou simplement la vie (de la Bête) qui bat en elle?

Conte de la chasse aux merveilles, vous traverserez les mers, comme le père de la Belle et son fidèle compagnon, qui, "penchés à l'avant des blanches caravelles, (...) regardaient monter en un ciel ignoré, Du fond de l'océan des étoiles nouvelles".  Des dômes russes si pittoresques, leurs pérégrinations vous mèneront en Hollande, en Afrique, à la recherche de trois objets uniques - je vous laisse le plaisir de les découvrir.
Et pour mieux l'apprécier, vous vous devez de réveiller votre âme d'enfant.
Vous l'aurez donc compris, ce conte "m'e-n-c-h-a-n-t-e".
C'était mon dernier billet sur les contes russes, et je voulais finir en beauté, d'autant plus qu'il s'agissait de cette oeuvre. Je m'en suis donc donné à coeur joie dans le montage et la profusion d'images, pour qu'il vous soit permis d'entrevoir l'explosion de couleurs et de rêves qu'est La fleur écarlate.
La bande son elle-même est vraiment réussie, que ce soit la musique (très belle, de Nicolai Budashkin), les voix ou les bruitages. Je viens en plus de redécouvrir le film dans une version Dvix, les couleurs laissent sans voix - rien à voir avec ma vieille K7, passée 10 000 fois, qui fut d'abord enregistrée de la Télé sur V2000 puis en bidouillant un peu du V2000 au VHS, et du VHS enfin au DVD............. Paix à son âme.
Peu d'années après, j'ai eu l'occasion de voir, toujours pour un Noël, une Blanche-Neige russe, la réalisation ne m'a pas vraiment marquée. Elle se prête moins à ce genre de graphismes (sans compter que le Prince a une tête de Prince du début à la fin, or j'avais déjà une dent contre lui après La fleur écarlate), bref, je ne vous le conseille pas vraiment. Je crois qu'on peut trouver aussi des adaptations comme La Princesse Grenouille, etc (il vous suffit d'un peu fouiner sur google ou you tube, dans une langue ou l'autre), mais le peu que j'en ai vu ne m'a pas convaincue. Les images sont belles certes, mais ne valent que comme images. Il manque un "liant", on ressent une sorte de distorsion entre le scénario et les dessins. Un peu ennuyeux. J'ai préféré de loin un autre Atamanov, d'un style et d'une veine totalement différents. Mais, d'un humour gracieux, il vaut le détour. Il met en scène une ballerine sur un bateau.


Bon à savoir : Si vous tapez "La fleur écarlate", votre recherche ne vous offrira pas beaucoup de videos.. Il faut passer par le biais du russe, Аленький цветочек.
Dans les jours qui viennent, je devrais pouvoir ajouter les sous-titres français à mes vidéos. Pour cela en effet, ma mère, qui est à Marseille, doit regarder le dessin animé, noter les sous-titres, me les communiquer par téléphone, pour que je puisse à mon tour les encoder.... Vous serez prévenus alors par un petit billet. En attendant, vous pouvez toujours le visionner en VO. Mais je vous conseille de le télécharger - extrêmement aisé - car entre ce que j'ai téléchargé, et ce que j'ai partagé sur You tube, les images ont perdu en qualité. Pour ceux qui habitent Paris, vous trouverez peut-être une version en français sous-titrée à la librairie russe rue de la Montagne Sainte Geneviève, "Les Editeurs réunis"- les voix ne seront sans doute pas celles de 87 par contre.



En basculant sur You tube vous trouverez en-dessous de chaque vidéo le lien menant à la suivante (je ne les ai pas répertoriées en effet)

dimanche 24 octobre 2010

Voina i Mir - War and Peace



Nouveau volet de mes billets sur le cinéma russe, en ce dimanche pluvieux je vous propose aujourd'hui la longue saga russe Voina i Mir, le Guerre et Paix dans la version de Sergueï Bondartchouk. Réalisé entre 1965 et 1967, il obtint l'Oscar du meilleur film étranger en 1968. Grandiose fresque épique, elle m'avait émerveillée lorsque je la découvris durant mes années de lycée.
Comme beaucoup de film russes - vous avez déjà pu le voir dans les contes - la nature tient une place toute particulière et les forêts de bouleaux participent de cette plongée au coeur des âmes.
Les acteurs sont bons, les prises sont belles, le bon vieux Tolstoï peut dormir heureux dans sa tombe; il est rare pourtant que j'apprécie l'adaptation cinématographique d'une oeuvre littéraire. Je dois dire que je n'ai pas râlé tout le long du film - et pourtant il est diablement long, 6h42 (!), j'aurais pu trouver matière -  j'ai été littéralement ravie. Je dois avouer que Viacheslav Tikhonov dans le rôle du Prince Andreï n'est pas pour déplaire.


La scène de bal. J'ai toujours aimé comment Tolstoï décrit les "frêles épaules" de Natacha (si ma mémoire ne me joue pas des tours), et cette fragilité du personnage transparaît dans l'interprétation de Ludmila Savéliéva. Très beau moment aussi, au cours de la scène de chasse, que celui où Natacha,  dans une cabane en bois, danse aux sons de rythmes populaires.





















Une phrase qui m'avait marquée aussi à la lecture de l'oeuvre, prononcée par le prince Andreï, "Non je ne vous aime pas plus. Je vous aime mieux", innovante pour l'adolescente que j'étais. Mais je ne sais pas aujourd'hui, si j'y adhère toujours. J'ai tenté à mon tour, lorsque le moment fut venu, "d'aimer mieux", mais cela ne m'a pas apporté le bonheur.
Combien, par contre, ai-je pu à 17 ans jeter l'anathème sur Natacha lorsqu'elle épouse Pierre Bezoukhov! Elle ne se marie pas parce que naît en elle un nouvel amour pour Pierre, elle se marie pour se marier, pour fonder une famille, pour ne pas être seule ! J'étais folle de rage qu'elle ne se dédie pas toute sa vie à son amour pour le Prince Andreï (Viacheslav Tikhonov, en plus, vous pensez !). Qu'elle se remarie par amour ou par passion, soit ! Mais pas comme çaaaa!.... 
En écrivant cet article, je viens de découvrir avec désespoir que celui qui avait fait tant battre mon coeur (oui, je sais, dans mes jeunes années, il semblerait que bon nombre l'on fait battre ne serait-ce que Laurence Olivier ou Nicolaï Tcherkassov, parmi tant d'autres !!!) s'est éteint en décembre 2009 ........... J'avais banni la télévision à ce moment-là, et je suis passée à côté peut-être du seul évènement marquant. Lors de mes premières années d'étudiante parisienne, j'avais pour voisine au-dessus de chez moi, une charmante russe, Ludmila, et nous avons souvent parlé ensemble de Viacheslav Tikhonov. Elle m'apprit ainsi - mais j'ai malheureusement oublié la formulation exacte - qu'après le film 17 moments du printemps, dans lequel il incarnait un officier nazi, circulait cette sentence devenue proverbiale : "Mieux vaut un seul printemps avec Viacheslav Tikhonov que toute sa vie avec son mari"...... (les tares dostoïevskiennes ont la vie dure....).

Pour les longues soirées d'hiver à venir.........




This playlist from War and Peace (the russian version by Sergueï Bondartchouk) has subtitles in english, so I hope you too will discover this great adaptation from War and Peace by Tolstoy.

Il est assez dur sur You tube de trouver une version bien encodée et complète de Voyna i mir qui ne soit pas en uniquement en russe. Elle se voit bien, mais elle pèche essentiellement lorsqu'on veut la passer en mode plein écran.
Et pour les impatient(e!)s, l'histoire entre Natacha et Andreï ne commence qu'à la toute fin du volume 1... et tout s'anime et se teinte de couleurs au volume 2.

samedi 23 octobre 2010

"Vive Venise! vive la liberté!". Le Casanova de Volkoff


La semaine consacrée à la Russie prend fin sur France Culture, mais je déborderai un peu de mon côté, vous offrant un bonus à travers la thématique cinématographique cette fois.
Ici aussi, comme il en a été pour les contes, je ne vous parlerai pas des grandes oeuvres du cinéma russe (que je vénère), telles Alexandre Nevski ou Ivan le Terrible de Sergueï Eisenstein, ou bien Andreï Roublev d'Andreï Tarkovski, que vous connaissez sans aucun doute - et si ce n'est le cas, cela vous sera très facile, ne serait-ce que sur You Tube. Je préfère vous faire découvrir d'autres oeuvres, moins connues, mais qui n'en sont pas moins, à mon goût, des oeuvres majeures.
Il en est ainsi du Casanova d'Alexandre Volkoff, réalisé en 1927, alors que ce dernier venait de s'installer à Paris, et créait avec ses amis la société l'Albatros. Au moment de la révolution russe en effet, et face au manque de libertés d'expression, le cinéaste choisit de s'exiler en France, avec sa troupe, parmi laquelle le célèbre Ivan Mousjoukine, qui campe ici le personnage de Casanova.
A la différence d'un Eisenstein, donc, pris dans le cinéma soviétique de propagande (mais qui saura ô combien le dépasser par ses réalisations  - au point d'en finir censuré), Volkoff choisit l'exil et la liberté de pensée et d'expression. Il est en cela semblable à son personnage, homme de toutes les libertés s'il en fut, qui s'enfuit de Russie .... sous les jupons d'une femme....!, direction l'Italie.

"Vive Venise ! vive la liberté !"

Ces mots qui clôturent le film - alors même que le héros s'enfuit, le vent en poupe, vers de nouvelles aventures et de nouvelles libertés - rendent tout à fait compte de l'état d'esprit de l'oeuvre et du réalisateur.  Mais  ce n'est pas la seule raison qui fait de Casanova une oeuvre que l'on n'oublie pas. Tourné en noir et blanc - évidemment, il compte une scène spectaculaire pour l'époque, celle du carnaval de Venise, unique séquence en couleurs, ou plus exactement faite de touches de couleur au pochoir. Superbe.

Je ne me risquerai pas d'oublier non plus la magnifique danse des épées, éminemment érotique et licencieuse, composée d'ombres chinoises bleutées. Allégresse aussi du scénario et du jeu des acteurs, qu'épouse avec brio la bande son. Ce Casanova, vous l'aurez compris, est un petit bijou, enserré dans un non moins superbe écrin.

Il faut préciser, comme vous pourrez le voir dans la vidéo de l'INA, que le film a été restauré en 1988, et qu'une musique fut alors créée, ex nihilo, pour accompagner les images de Volkoff ; le résultat final est un beau succès, de 2h15.
Un film muet, donc ; mais emporté par cette musique et la vivacité du scénario, où l'on ne compte aucune longueur ni aucune lenteur, on est emporté à notre tour dans la folle vie et la folle équipée de Casanova . En cela, la musique n'est ici elle-même qu'un éloge et qu'une métaphore de plus de la Liberté.



L'INA ne proposant pas de partage pour Blogger, je ne peux que vous donner le lien.
(Et pour ceux qui me connaissent et sont intéressés, j'ai le DVD chez moi.)

PS : si d'ici quelques temps je parviens à mettre des extraits du film, comme la danse des épées, je vous le ferai savoir par un post au moment voulu.

lundi 18 octobre 2010

Contes des pays de neige, au coeur de la taïga et le long de l'Amour





Dans la série des contes russes, il est un autre ouvrage qui m'a toujours fascinée, toujours traduit par Luda. Ce sont les Contes du fleuve Amour. Ici les illustrations sont tout autres, et l'atmosphère aussi. Les récits précédents - je ne parle pas de leurs illustrations - étaient presque intemporels et universels, si l'on fait exception de tout ce qui pouvait entourer un personnage comme Baba-Yaga - maison sur pattes de poule et autres.
Ici, les contes ont gardé toute leur saveur et tout leur ancrage local, dans cet extrême-orient de la Russie et de ses confins. L'univers du rêve qu'ils nous offrent est plus concret, on a vraiment l'impression de pénétrer dans ces immenses forêts, de fouler d'un pas souple le sol de la taïga, de sentir la neige ou la fourrure des zibelines. Le conteur veut nous faire rêver ici un peu plus, par le folklore propre à chaque peuple. Oudégués, Nivkhis, Nanaïs, Oultches. La loi souveraine des chasseurs de la taïga, les deux enfants poursuivis par le shaman et trouvant refuge parmi le peuple tigre, laissent en nous leur forte impression, tout autant que les femmes à queue de phoque, ou la jeune Elga s'enfuyant sur un rayon de lune avec l'aide de son chien (que son père avait sculpté dans le bois), et revenant ainsi certaines nuits sécher dans leur sommeil les larmes des enfants en proie aux cauchemars.
Les illustrations de Guennadi Pavlichine sont extraordinaires, surprenantes. Je n'ai malheureusement pas le livre ici avec moi, et le net n'offre aucune reproduction - mais de nombreuses bibliothèques en possèdent des exemplaires si vous êtes intéressés. Je n'ai trouvé que quelques photos prises par une personne sur un forum, je les poste en attendant de pouvoir mettre la main sur le mien à Marseille. 




On peut voir ici les femmes à queue de phoque dont je parlais, beautés se laissant distraire par quelques perles, ainsi que la paresseuse jeune fille se transformant cruellement en oie sous l'oeil impassible, lointain et un peu curieux de la fille des voisins, qui continue de manger la galette chaude qui était destinée à la première. Il en est malheureusement une magnifique qui ne figurera pas ici pour l'instant, mais j'espère pouvoir la mettre plus tard; il s'agit d'une des illustrations du conte "Azmoun le courageux", représentant ce dernier avec une orque. La mer, à l'image de l'orque, est noire et blanche, faite de grandes écailles richement travaillées (un peu dans le style des images ci-dessus), tandis qu'Azmoun est vêtu lui de riches couleurs. J'ai toujours été fascinée par cette représentation, qui a laissé en moi une vive impression.
J'aimerais que vous puissiez découvrir à votre tour ces légendes et ces merveilles issues du plus profond de la rude et enchanteresse taïga, rencontrer l'ours, le renard et le tigre, en vous laissant mener au fil de l'Amour.




dimanche 17 octobre 2010

"La pluie picote les étangs, il pleut dehors il pleut dedans, j'ai ma maison dans le vent"

Pluie toujours... (clic)
J'en profite pour vous faire part d'une grande découverte, qui vient de bouleverser 28 ans de mon existence (allé, soyons franche, 26 ans), 26 ans de croyance et de foi sans faille.
Je vous parlais récemment des deux "harpies" des contes russes (j'espère que vous vous en souvenez, sinon, repartez-vite jeter un oeil avant que je ne m'en aperçoive).  Elles portent en fait le merveilleux nom d'"Alkonost", ou "oiseau du paradis"......



Well, je devine que tout de suite le cours de votre vie en a été changé .....^^ Moi aussi; tout un pan qui s'écroule. Mais je suis bien heureuse de l'avoir découvert. J'ai passé ma journée à prononcer avec délectation ce mot "Alkonost", presque aussi jouissif que certaines phrases flaubertiennes. Certains diront  que l'on peut facilement tomber de Charybde en Scylla, de l'Alkonost dans l'Axolotl (ici) - intéressant en son genre aussi à prononcer - mais dieu merci nous sommes loin de cette créature et de son illustration sur la couverture de la collection Folio - une des pires expériences de mon enfance, bien punie de fouiner dans la bibliothèque maternelle - mais non guérie pour autant... (oui, je précise d'ailleurs que ce n'est pas tant l'axolotl lui-même, qui s'avère une mignonne créature, merci google, que l'illustration qui m'a traumatisée. Gallimard mériterait un procès).
Bref, l'Alkonost est en fait une créature bienfaisante, et non pas un oiseau de malheur, à la différence de sa consoeur mythologique Sirin, mi-femme mi-hibou. Prophétique, elle représente la volonté de Dieu.

vendredi 15 octobre 2010

Contes des pays de neige

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J'emprunte ici volontairement le titre d'un des volumes de recueil de contes illustrés par Adrienne Segur, pour commencer ce post. Puisque nous sommes dans la semaine de la Russie, j'avais envie, plutôt que d'aborder le sujet de la grande littérature russe, de converser avec vous de ce qui a bercé et baigné mon enfance, mon adolescence, et me ravit toujours aujourd'hui, vingt-huit ans après. Ce sont les contes russes. Mais pas n'importe lesquels, je l'avoue avec le plaisir d'un fin gourmet. Les contes russes illustrés par Bilibine, et traduits par Luda





Livre précieux s'il en fut, fait d'un papier tout particulier - sorte de papier recyclé ou de papier dessin très épais, naturel, nu de tout aprêt, et donnant cet aspect si unique au recueil -, gardé jalousement par ma mère. Ces riches images qui m'ouvraient la porte d'un univers lointain, merveilleux et étrange, il m'était autorisé de temps en temps de les regarder sous l'oeil vigilant de ma mère (elle savait bien pourtant combien j'étais minutieuse, que redoutait-elle ?). Heures bénies et précieuses... Je m'en délectais, avidement, comme pour en faire provision en les contemplant, essayant d'en emporter le plus possible. Je n'ai pas le souvenir de ma mère me lisant des histoires ou des contes, elle ne l'a d'ailleurs jamais fait. C'était donc un pur rapport visuel. Combien d'heures j'ai pu passer, à me perdre dans le moindre détails de ces illustrations ! que ce soient les motifs géométriques de leurs bordures, les lettrines enluminées de dentelles rougeoyantes ou les deux figures de harpies qui ouvraient chaque conte... Puis le temps passant, aux images a fait suite la mélodie des mots. "Un conte se dit vite, le chemin se fait lentement". Rien n'est plus approprié en l'occurrence que cette petite phrase magique. Le premier de tous les volumes - j'ai oublié de préciser qu'ils étaient presque de l'épaisseur d'un fascicule, chaque conte ayant son propre livre - que j'ai eu en mains, et qui m'a le plus marquée, est le Conte d'Ivan Tsarevitch, de l'Oiseau de feu et du Loup gris (à lire ici - dans ce lien, les vignettes de la colonne blanche de droite, ainsi que pour les autres contes, sont extraites de Bilibine). Pur bijou, brut, à l'atmosphère fascinante et sombre (presque autant que Maria des Mers), il constitue mon premier rapport à l'univers des contes, de l'art et de l'imaginaire. 
Cette forêt à l'entrée de laquelle on rencontre la mort ou la vie, étend son ombre sur le conte, emmené par le style de Luda. "Le loup court, d'un bond passe les monts, d'une foulée franchit les vallées, des pattes dévore l'espace, de la queue efface la trace". Ce leitmotiv qui au début pourrait ressembler à ceux, enfantins que l'on trouve en général dans les contes (j'en citais un plus haut), prend très vite une tonalité, une tournure plus sombre, nous rappelant que ce loup parlant appartient bien à l'univers animal, sauvage et menaçant. Hormis une image comme la première, dans laquelle l'oiseau de feu dérobe les pommes du jardin royal, ou la dernière, heureuse, des noces, le reste du conte se différencie un tant soit peu des autres livres. Les images sont plus dépouillées, moins solaires, dans des tonalités bleu gris, traversées de vols de corbeaux. C'est un conte où la dépouille du héros gît un moment décapitée, tandis qu'à d'autres moments peuvent sortir de minuscules noix et noisettes de merveilleuses étoffes de soie sur lesquelles sont peintes les fresques les plus chatoyantes de la cité royale.
"«Celui qui ira tout droit, aura froid et faim; celui qui prendra à droite, restera sain et sauf, mais perdra son cheval; et celui qui ira à gauche sera tué, mais son cheval vivra.»  Réflexion faite, Ivan-tsarévitch prit le chemin de droite pour ne point perdre la vie. Il chemina ainsi trois jours durant et parvint à une grande et sombre forêt. Soudain, un loup gris bondit à sa rencontre. Le tsarévitch n'eut même pas le temps de dégainer son glaive, que le loup égorgeait son cheval et disparaissait dans les fourrés. "

Mais je crois que tous les contes russes, contiennent plus ou moins cette dimension sombre, que Bilibine a toujours soulignée, et dont il a su tirer parti, comme dans Vassilissa-la-très-belle : les crânes servant de torche dont la pourvoie Baba-Yaga, ou ses cavaliers que croise par trois fois la jeunes fille, celui de l'aurore, du jour, et enfin celui du crépuscule. 

Tous ces contes fourmillent en effet de mort, d'os, de petits ossements surtout, de dévoreurs et d'assassins. S'ils faisaient peur et inquiétaient un peu, ils ne suscitaient pourtant pas cette sensation bizarre, étrange, comme le faisait L'oiseau de feu.
Autre conte, dont on peut lire le nom sur la couverture plus haut, celui de La Plume de Finist-Fier-Faucon, dont on retrouve la variante française dans le Conte de l'Oiseau bleu. Il m'émeut toujours autant. 
A vous de le découvrir.