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lundi 18 octobre 2010

Contes des pays de neige, au coeur de la taïga et le long de l'Amour





Dans la série des contes russes, il est un autre ouvrage qui m'a toujours fascinée, toujours traduit par Luda. Ce sont les Contes du fleuve Amour. Ici les illustrations sont tout autres, et l'atmosphère aussi. Les récits précédents - je ne parle pas de leurs illustrations - étaient presque intemporels et universels, si l'on fait exception de tout ce qui pouvait entourer un personnage comme Baba-Yaga - maison sur pattes de poule et autres.
Ici, les contes ont gardé toute leur saveur et tout leur ancrage local, dans cet extrême-orient de la Russie et de ses confins. L'univers du rêve qu'ils nous offrent est plus concret, on a vraiment l'impression de pénétrer dans ces immenses forêts, de fouler d'un pas souple le sol de la taïga, de sentir la neige ou la fourrure des zibelines. Le conteur veut nous faire rêver ici un peu plus, par le folklore propre à chaque peuple. Oudégués, Nivkhis, Nanaïs, Oultches. La loi souveraine des chasseurs de la taïga, les deux enfants poursuivis par le shaman et trouvant refuge parmi le peuple tigre, laissent en nous leur forte impression, tout autant que les femmes à queue de phoque, ou la jeune Elga s'enfuyant sur un rayon de lune avec l'aide de son chien (que son père avait sculpté dans le bois), et revenant ainsi certaines nuits sécher dans leur sommeil les larmes des enfants en proie aux cauchemars.
Les illustrations de Guennadi Pavlichine sont extraordinaires, surprenantes. Je n'ai malheureusement pas le livre ici avec moi, et le net n'offre aucune reproduction - mais de nombreuses bibliothèques en possèdent des exemplaires si vous êtes intéressés. Je n'ai trouvé que quelques photos prises par une personne sur un forum, je les poste en attendant de pouvoir mettre la main sur le mien à Marseille. 




On peut voir ici les femmes à queue de phoque dont je parlais, beautés se laissant distraire par quelques perles, ainsi que la paresseuse jeune fille se transformant cruellement en oie sous l'oeil impassible, lointain et un peu curieux de la fille des voisins, qui continue de manger la galette chaude qui était destinée à la première. Il en est malheureusement une magnifique qui ne figurera pas ici pour l'instant, mais j'espère pouvoir la mettre plus tard; il s'agit d'une des illustrations du conte "Azmoun le courageux", représentant ce dernier avec une orque. La mer, à l'image de l'orque, est noire et blanche, faite de grandes écailles richement travaillées (un peu dans le style des images ci-dessus), tandis qu'Azmoun est vêtu lui de riches couleurs. J'ai toujours été fascinée par cette représentation, qui a laissé en moi une vive impression.
J'aimerais que vous puissiez découvrir à votre tour ces légendes et ces merveilles issues du plus profond de la rude et enchanteresse taïga, rencontrer l'ours, le renard et le tigre, en vous laissant mener au fil de l'Amour.




vendredi 15 octobre 2010

Contes des pays de neige

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J'emprunte ici volontairement le titre d'un des volumes de recueil de contes illustrés par Adrienne Segur, pour commencer ce post. Puisque nous sommes dans la semaine de la Russie, j'avais envie, plutôt que d'aborder le sujet de la grande littérature russe, de converser avec vous de ce qui a bercé et baigné mon enfance, mon adolescence, et me ravit toujours aujourd'hui, vingt-huit ans après. Ce sont les contes russes. Mais pas n'importe lesquels, je l'avoue avec le plaisir d'un fin gourmet. Les contes russes illustrés par Bilibine, et traduits par Luda





Livre précieux s'il en fut, fait d'un papier tout particulier - sorte de papier recyclé ou de papier dessin très épais, naturel, nu de tout aprêt, et donnant cet aspect si unique au recueil -, gardé jalousement par ma mère. Ces riches images qui m'ouvraient la porte d'un univers lointain, merveilleux et étrange, il m'était autorisé de temps en temps de les regarder sous l'oeil vigilant de ma mère (elle savait bien pourtant combien j'étais minutieuse, que redoutait-elle ?). Heures bénies et précieuses... Je m'en délectais, avidement, comme pour en faire provision en les contemplant, essayant d'en emporter le plus possible. Je n'ai pas le souvenir de ma mère me lisant des histoires ou des contes, elle ne l'a d'ailleurs jamais fait. C'était donc un pur rapport visuel. Combien d'heures j'ai pu passer, à me perdre dans le moindre détails de ces illustrations ! que ce soient les motifs géométriques de leurs bordures, les lettrines enluminées de dentelles rougeoyantes ou les deux figures de harpies qui ouvraient chaque conte... Puis le temps passant, aux images a fait suite la mélodie des mots. "Un conte se dit vite, le chemin se fait lentement". Rien n'est plus approprié en l'occurrence que cette petite phrase magique. Le premier de tous les volumes - j'ai oublié de préciser qu'ils étaient presque de l'épaisseur d'un fascicule, chaque conte ayant son propre livre - que j'ai eu en mains, et qui m'a le plus marquée, est le Conte d'Ivan Tsarevitch, de l'Oiseau de feu et du Loup gris (à lire ici - dans ce lien, les vignettes de la colonne blanche de droite, ainsi que pour les autres contes, sont extraites de Bilibine). Pur bijou, brut, à l'atmosphère fascinante et sombre (presque autant que Maria des Mers), il constitue mon premier rapport à l'univers des contes, de l'art et de l'imaginaire. 
Cette forêt à l'entrée de laquelle on rencontre la mort ou la vie, étend son ombre sur le conte, emmené par le style de Luda. "Le loup court, d'un bond passe les monts, d'une foulée franchit les vallées, des pattes dévore l'espace, de la queue efface la trace". Ce leitmotiv qui au début pourrait ressembler à ceux, enfantins que l'on trouve en général dans les contes (j'en citais un plus haut), prend très vite une tonalité, une tournure plus sombre, nous rappelant que ce loup parlant appartient bien à l'univers animal, sauvage et menaçant. Hormis une image comme la première, dans laquelle l'oiseau de feu dérobe les pommes du jardin royal, ou la dernière, heureuse, des noces, le reste du conte se différencie un tant soit peu des autres livres. Les images sont plus dépouillées, moins solaires, dans des tonalités bleu gris, traversées de vols de corbeaux. C'est un conte où la dépouille du héros gît un moment décapitée, tandis qu'à d'autres moments peuvent sortir de minuscules noix et noisettes de merveilleuses étoffes de soie sur lesquelles sont peintes les fresques les plus chatoyantes de la cité royale.
"«Celui qui ira tout droit, aura froid et faim; celui qui prendra à droite, restera sain et sauf, mais perdra son cheval; et celui qui ira à gauche sera tué, mais son cheval vivra.»  Réflexion faite, Ivan-tsarévitch prit le chemin de droite pour ne point perdre la vie. Il chemina ainsi trois jours durant et parvint à une grande et sombre forêt. Soudain, un loup gris bondit à sa rencontre. Le tsarévitch n'eut même pas le temps de dégainer son glaive, que le loup égorgeait son cheval et disparaissait dans les fourrés. "

Mais je crois que tous les contes russes, contiennent plus ou moins cette dimension sombre, que Bilibine a toujours soulignée, et dont il a su tirer parti, comme dans Vassilissa-la-très-belle : les crânes servant de torche dont la pourvoie Baba-Yaga, ou ses cavaliers que croise par trois fois la jeunes fille, celui de l'aurore, du jour, et enfin celui du crépuscule. 

Tous ces contes fourmillent en effet de mort, d'os, de petits ossements surtout, de dévoreurs et d'assassins. S'ils faisaient peur et inquiétaient un peu, ils ne suscitaient pourtant pas cette sensation bizarre, étrange, comme le faisait L'oiseau de feu.
Autre conte, dont on peut lire le nom sur la couverture plus haut, celui de La Plume de Finist-Fier-Faucon, dont on retrouve la variante française dans le Conte de l'Oiseau bleu. Il m'émeut toujours autant. 
A vous de le découvrir.








lundi 11 octobre 2010

"Il viendra des pluies douces"

Je ne peux m'empêcher de noter ce titre d'une des Chronique martiennes de Ray Bradbury, qui fait écho dans ma tête aujourd'hui comme une litanie . Pour en être une de mes chroniques préférées, son atmosphère toute particulière ne reflète pourtant pas cette journée d'octobre. Si ce n'est peut-être cette désolation, ce côté morne qu'apporte la pluie en cet après-midi d'automne. Ce silence et ce vide de la morte saison.
D'une manière toute aussi étrange, de regarder par ma fenêtre la pluie tomber sur les arbres du musée d'Art et d'Industrie, ce ciel gris et bas qui n'en finit pas de mourir, semblable à l'immense fumée sortant d'une cheminée, me naît l'envie de relire Trilby ou le lutin d'Argail de Nodier.  Serait-ce sa reliure dont les teintes beiges et marron roux évoquent l'automne? le foyer que hante le malicieux follet et que je ne peux imaginer que crépitant d'un feu chaleureux ? ou ces contes de pays de brume qui s'entourent d'un peu plus de mystère en cette saison ? Ce ne sont d'ailleurs à chaque lecture que les premières pages qui laissent en moi leur souvenir diffus, défaut né peut-être de la première lecture que j'en fis au début de mon adolescence, moi qui ai pourtant bonne mémoire; de l'humble chaumière la pierre du foyer où se confond parmi les flammes Trilby, la barque de la belle batelière glissant sur les eaux du lac, et autour de laquelle monte la triste plainte du lutin; ce sont ces simples images qui ont imprégné en moi leur douce mélancolie, et teinté de leur souvenir le récit entier, jusqu'aux flambeaux de la nuit finale et ce dernier murmure - "mille ans ne sont rien pour ceux qui ne doivent se quitter jamais".
J'espère que Nodier me pardonnera... et pardonnera la mauvaise lectrice que je suis. Mais je prendrai plaisir à le relire ce soir (et peut-être à nouveau l'oublier...)